Méga-City

Au XXe siècle quand l’oxygène
Commençait à nous pomper l’air           
On allumait des pathogènes
Histoire de nous calmer les nerfs
Ça ne sentait pas très bon
Mais ça nous mettait à l’aise
De voir briller ces braises
En crachant nos poumons

On partageait un joint en bonne compagnie
Tout en la sacrifiant, on célébrait la vie
On refaisait le monde dans des nuages bleus
Durant toute une soirée, on se croyait heureux

La Big Brother Brigade a vite mis le holà
Et le peuple mouton a écouté sa voix
« Faut arrêter de faire ça » comme on dit à un gamin
« Fais nous confiance, c’est pour ton bien »
Aujourd’hui Dieu merci, fumer c’est interdit
Si parfois nous revient l’envie d’une cigarette
Une petite séance de psy nous remets les idées nettes
C’est presque le paradis à Méga-City

Au XXe siècle, quand trop lucide
On se demandait : A quoi bon ?
On optait pour un lent suicide
Et l’on ouvrait un flacon
Au bar comme un roi sur son trône
Prêt à être renversé
On détenait la vérité
En brûlant nos neurones

On partageait un verre en bonne compagnie
Tout en la sacrifiant, on célébrait la vie
On refaisait le monde dans des liquides ambrés
On se croyait heureux durant toute une soirée

La Big Brother Brigade a vite mis le holà
Et le peuple mouton a écouté sa voix
« Faut arrêter de faire ça » comme on dit à un gamin
« Fais nous confiance, c’est pour ton bien »

Aujourd’hui Dieu merci, l’alcool est interdit
Si parfois nous revient l’envie d’une canette
Une bonne grosse thérapie nous remets les idées nettes
C’est presque le paradis à Méga-City

Au XXe siècle, l’impression de vide
Le blues, le moral qui baisse
Se comblait en se gorgeant le bide
De sucres, de sauces et de graisses

Chaque convive mangeait pour trois
On riait jusqu’à ce qu’on étouffe
On appelait ça une bonne bouffe
À s’éclater l’estomac
On partageait le festin en bonne compagnie
Tout en la sacrifiant, on célébrait la vie
On refaisait le monde autour de viandes rouges
On se prenait à rêver qu’enfin les choses bougent

La Big Brother Brigade a vite mis le holà
Et le peuple mouton a écouté sa voix
« Faut arrêter de faire ça » comme on dit à un gamin
« Fais nous confiance, c’est pour ton bien »

Aujourd’hui Dieu merci, manger est interdit
Si parfois nous revient l’envie d’une cotellette
Un menu pharmacie nous remet dans notre assiette
C’est presque le paradis à Méga-City

Avec mes souvenirs, tu me trouves pathétique
Mais ce monde aseptisé me rend nostalgique
Pose la bouteille près du lit
Aimons-nous dans l’odeur du tabac
Il n’y a rien de tel après un bon repas
Avant que l’amour aussi ne soit interdit

J-L Overney, fin octobre 2006